Parlons bien, disons vrai.

Ouaff ouafff

Ainsi parlait, non pas Zarathoustra, mais l’Ambassadeur de France François Goldblatt à la traditionnelle réception du 14 juillet à Ivandry : « Derrière les indicateurs macro-économiques, ce sont des vies d’êtres humains qui sont atteintes. Des entreprises qui ferment, des hommes et des femmes qui perdent leur travail, des familles qui ne mangent plus à leur faim, des enfants qui ne peuvent plus aller à l’école, des bébés qui accusent un retard de croissance aux effets irréversibles. Ce sont des millions de personnes qui plongent dans une pauvreté à laquelle il leur sera difficile d’échapper, et qui présentent le risque de la transmettre en héritage à leurs propres enfants. »
Il faisait ainsi référence aux impacts de la crise politique sur la population malgache. Car pendant que quelques dizaines de politiciens, soutenus par une clique de businessmen mafieux et de militaires verreux, persistent dans leur cirque, ce sont 20 millions de Malgaches dont la vie est suspendue au bon vouloir de la secte du « pouvoir pour tous, et surtout pour moi ». Champion toute catégorie de cette secte, le Président de la transition (PT), arrivé au pouvoir par la force des armes du CAPSAT, et qui s’y maintient grâce à l’action conjuguée et reconnaissante des premiers responsables de l’injustice et de l’insécurité publique. Ce système empêche que les empêcheurs de tourner en rond n’élèvent trop haut la voix, car comme dans toute autocratie, l’objectif est de faire taire ceux qui ont une voix dissonante, afin de laisser croire que tout va bien, et que le peuple est content.
Dans cette secte, le mot d’ordre semble être : on fait ce que l’on veut, quand on veut, sans se soucier des lois, sans se soucier du peuple, sans se soucier de la morale. Et le PT, du haut de sa grande culture générale, s’est même fendu de la citation d’un proverbe arabe lors de l’inauguration de la dernière futilité manara-penitra à Mahajanga : « Les chiens aboient, la caravane passe ». Une autre manière de dire : je m’en fous de tout, je m’en fous de vous, de la société civile, du Groupement des entreprises de Madagascar (GEM), de la SADC, des Etats-Unis, de François Goldblatt, de l’Oncle Georges Rabehevitra et surtout de son neveu Ndimby. C’est donc le genre de réponse PTesque à ses détracteurs, à ceux qui le critiquent, à ceux qui le raillent, en d’autres termes, à ceux qui aboient. Autrement dit, à ceux que le PT a traité de chiens.
Il traite ainsi de chiens les millions de Malgaches qui le critiquent à juste titre. Ceux qui ont été cités plus haut par l’Ambassadeur de France. Mais aussi ceux qui ne peuvent payer leurs loyers. Ceux qui voient leurs récoltes dévorées par les criquets. Ceux qui ne peuvent plus se soigner. Ceux qui ont fait faillite. Ceux qui se sont fait braquer et détrousser. ceux qui vivent en permanence sur leur découvert bancaire. Ceux qui n’ont pas de compte en banque mais qui font chaque mois une rotation au sein de leurs connaissances pour emprunter de l’argent. Ceux qui ont vu leurs zébus volés par les dahalo. Ceux qui s’endorment la nuit en ne sachant pas s’ils vont se réveiller le lendemain, car le risque d’avoir une attaque à main armée a dépassé le simple stade théorique depuis 2009. Ceux qui doivent accepter les rackets, faute de recours fiable. Alors si ces héros du quotidien, qui n’ont pas eu besoin de faire le gigolo pour acquérir un statut dans la société, et qui se battent pour ne pas sombrer, ne sont pour le PT que des chiens, alors je considère comme un honneur d’être la voix de ces sans-voix, et d’aboyer en leur nom.

chien aboie

Le chien aboie

S’il faut être traité de chien pour dénoncer l’insécurité croissante, les trafics d’armes dans les casernes, les collusions entre membres des forces de l’ordre et bandits, alors que le PT nous traite de chien. S’il faut être traité de chien parce que l’on ricane devant les manœuvres souterraines du PT pour reculer la date des élections, afin de pouvoir inaugurer le maximum de futilités manara-penitra hors-période officielle de propagande, alors que le PT nous traite de chien. S’il faut être traité de chien pour dénoncer l’exécrable gouvernance actuelle qui tue à petit feu le secteur privé malgache, alors que le PT nous traite de chien. S’il faut être un chien pour dénoncer les dérives depuis 2009 en matière de corruption dans l’armée, la justice ou la Fonction publique, alors que le PT nous traite de chien. Et s’il faut être un chien pour considérer que la sortie de crise passe par une équité entre les deux vrais protagonistes, et qu’ils doivent soit tous les deux être candidats, soit tous les deux s’abstenir, alors que le PT nous traite de chien [1].
De toutes manières, malgré ses dénégations et son auto-satisfaction permanente devant ses prétendues réalisations, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Après quatre ans et demi de règne imposé par la force et la répression, celui qui a fanfaronné devant les caméras de la presse internationale qu’il ne sera pas plus nul que Ravalomanana, se voit démenti par tous les indicateurs : aucun d’entre eux ne montre que Madagascar se porte mieux en 2013 qu’en 2008. Celui qui pérorait avoir été champion de karaté dans sa jeunesse (reste à savoir si c’était dans la catégorie minime ou cadet…), n’a comme seul trophée actuel que celui d’avoir été le premier chef d’Etat malgache à faire de Madagascar le pays le plus pauvre du monde.
On ne va pas attendre d’un politicien superficiel comme Andry Rajoelina (manara-penitra de façade, et kitoatoa à l’intérieur) qu’il comprenne les problématiques qui sous-tendent le développement. Pour ce DJ dont les seules capacités exceptionnelles sont celles de chauffeur de salle avant concert, l’éducation n’est pas une priorité. Au vu de son cursus, cela ne l’a manifestement pas été dans sa vie personnelle. Aucune raison d’espérer qu’il en fasse une priorité dans le pays. Pour l’emploi, on ne peut que se poser des questions devant les moeurs de ce membre du Jeune patronat de Madagascar, qui n’a pas hésité à précipiter sans vergogne le pays dans une crise qui a créé des centaines de milliers de chômeurs, juste pour assouvir sa soif de pouvoir. Quant à la santé, parlons-en un peu : le DJ se targue de construire à tour de bras des hôpitaux manara-penitra (« aux normes »). Futilité tape-à-l’oeil quand les hôpitaux existants manquent même de coton, et que les Centres de santé de base ferment, laissant les populations rurales sans accès aux soins. On verra avec curiosité si d’ici 2015, les hôpitaux manara-penitra permettront à Madagascar d’atteindre les Objectifs du Millénaire en matière de santé maternelle et infantile. J’en doute, car la construction d’hôpitaux neufs avec pour principal objectif d’avoir son nom sur la plaque de marbre, répond plus à la mégalomanie du PT qu’aux problèmes de santé publique du pays.
Faute de pouvoir répondre sur le contenu, et défendre le bilan du PT, ses griots manipulent tout un éventail de niaiseries. « Vous le critiquez depuis quatre ans, mais il est toujours là, et vos critiques n’arrivent pas à le déboulonner ». Il vaut mieux entendre cela que d’être sourd. Car si le fait de réussir à se maintenir en place pendant un certain temps par la répression et la force des armes était le signe d’une adhésion de la population, d’une haute qualité morale et d’une grande réussite socio-économique, alors Al Capone, Idi Amin Dada et Hitler seraient à béatifier. Autre niaiserie : « ce n’est pas lui qui a inventé la pauvreté et la criminalité, et c’est de la mauvaise foi d’associer sa responsabilité à ce qui se passe actuellement ». Rappelons que dès juillet 2009, j’annonçais devant les inévitables dérapages présents et à venir (à l’époque) que révolution oblige, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs : après avoir dit « ce n’est pas grave », le pouvoir hâtif nous dira bientôt « ce n’est pas de ma faute ». Et on ne mentionnera même pas ceux qui disent : « ce sont les mêmes critiques depuis quatre ans, cela ne change rien, et n’apporte aucune solution ». Question : si cela ne change rien depuis quatre ans, est-ce de la faute de celui qui émet des critiques manifestement fondées, de celle de celui qui n’en a cure et préfère laisser « aboyer », ou des griots qui se satisfont de cette stabilité dans la médiocrité ? Certes, on ne va pas attendre d’un auteur de coup d’Etat qu’il respecte la loi, les principes moraux et éthiques, et encore moins sa parole. Aboiera bien qui aboiera le dernier.
En attendant, comme la tradition le veut, terminons dans la bonne humeur et en musique avec ce chef d’oeuvre du groupe Mahaleo, et ces sages paroles que tous les dictateurs qui se sont crus à l’abri derrière les fusils des bidasses auraient mieux fait de méditer à temps : « Fanjakana lohamboto, Tsy mba ho mety ho ela velona… ».

Notes

[1] Toutefois, je ne vais pas m’amuser à porter plainte pour insulte, et en plus assortir ma plainte d’un certificat médical bidon attestant des coups et blessures imaginaires. Il me plait de penser que j’ai été relativement bien élevé, et que les standards éducatifs que mes parents ont réussi à m’inculquer (certes, à grand-peine) font que je ne me verserai pas à adopter ce comportement de rustre mal élevé, de voyou désœuvré ou de femme de petite vertu.

madagascar-tribune

La Rédaction

102 Kara est un site libre. Il divulgue les infos que l'on nous fait parvenir . Nous nous efforçons de vérifier l'exactitude de ces divers informations avant de les mettre en ligne. Si vous avez des suggestions, veuillez nous les faire parvenir en cliquant ici. Nous vous remercions de votre fidélité.