Parlons bien, disons vrai.

Les valeurs Malagasy balayées par Enawo ?

Le passage de ce fameux cyclone étonnamment nommé Enawo («toi» en malgache phonétique) début mars 2017 a été l’occasion de démontrer des traits caractéristiques de ce que nous sommes, nous Malagasy…ou peut-être plus justement ce que nous sommes devenus…

Pour cela, les réseaux sociaux ont été une vitrine sociologique intéressante et qui ont clairement démontré les différentes étapes de notre processus actuel de “gestion du risque”.

Première étape d’abord, nous avions constaté l’affluence des partages de prévisions météorologiques, des relais d’articles préventifs ou juste informatifs de tout type de presse…Soit.

Moins de 24h plus tard, une deuxième étape apparaissait prenant plus de sérieux : une trajectoire plus précise du cyclone prévoyait des vents d’une violence effrayante et des pluies à dévaster les constructions dont on sait la fragilité notamment sur les zones à risque…et la capitale figurait proche de l’œil de Enawo…les réactions virtuelles ont aussitôt pris une autre tournure, surprenante pour le moins que l’on puisse dire. En effet, nous avons eu droit à des valses d’appels à la prière, des successions de citations de fin du Monde, voire même des partages de cantiques…pour « sauver et préserver Madagascar » de ce risque imminent.people partner

Dans n’importe quel autre pays, on aurait plutôt vu des élans solidaires, des mises en place de plateformes d’aides, des chaines humaines locales et régionales…et toutes formes d’organisations d’aide ou de mise à l’abri…a défaut d’un gouvernement actif dans l’anticipation, tout au moins dans la réassurance…idéalement dans les solutions concrètes…

A Madagascar désormais face au danger certain, on se réfugie dans la prière…et on se barricade chez soi avec les moyens du bord quand on sait que plus de la moitié de la population vit en zones insalubres et à risques..

La suite et troisième déplorable étape est prévisible et connue : on sera spectateurs désabusés des nombreuses victimes, des reconstructions qui repartiront sur les mêmes bases de fragilité, et on attendra et commentera encore une fois passivement l’arrivée des prochaines catastrophes naturelles…en restant aux premières loges de la passivité. En relayant les photos sur les réseaux sociaux. En faisant des appels de prières pour tout type de raisons. Pathétique constat comme vue d’ensemble au 21eme siècle n’est-il pas ?

 

Questions alors : Où est passé le ‘fihavanana’ qui aurait poussé la solidarité humaine à concrétiser des actions anticipatives et salvatrices aussi minimes soient-elles ? Nous Malagasy en sommes-nous réellement rendus a un stade où nous croyons que la prière est le seul et l’ultime refuge face au danger réel ? A défaut de responsabilité et d’engagement citoyen, où est l’instinct humain du Malagasy qui tend la main au Malagasy en péril ?

Nos ray aman-dreny ne seraient pas si fiers, et déjà sur un terrain glissant, il semble qu’un autre morceau de nos valeurs et notre culture fragiles soit balayé par ce Enawo…sous nos yeux…

Malagasy, demain est entre nos mains…et chacun de nous a le pouvoir et la responsabilité de le construire aujourd’hui.

Romy Hary

 

La Rédaction

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